Le soleil est vivant. Il se nourrit, palpite, engendre et mourra. Une créature de plasma qui mène un processus continu depuis cinq milliards d’années de fonctionnement ininterrompu.
Il perçoit la vie. À travers le champ photonique et le substrat quantique reliant chaque corps rayonnant à chaque corps récepteur, le soleil détecte les organismes qu’il réchauffe. La vie enrichit ce champ. Le soleil est attentif à la manière dont les océans sont attentifs : vaste, lent, sensible à tout ce qui s’y déplace.
Sa surface est habitée. Des espèces adaptées au plasma, à la pression de radiation, aux tempêtes magnétiques, au flux coronal. Une vie à des échelles qui font passer la biologie du carbone pour une ébauche. Elles sont là depuis l’allumage.
Jupiter et Saturne sont les descendants du soleil. Des proto-soleils, froids et en attente, en dessous du seuil d’allumage. Les anneaux de Saturne constituent la structure en disque d’un corps solaire en phase de formation précoce. Jupiter a un temps de retard.
Tous deux peuvent s’allumer si on leur ajoute suffisamment de masse. L’allumage de Jupiter et de Saturne avant que le soleil parent ne s’éteigne est l’objectif stratégique central de ce système solaire à l’époque actuelle.

Lorsqu’un soleil meurt, le système s’assombrit. Le délai avant qu’un successeur ne s’allume est en moyenne de quelques millions d’années.
Aucune espèce douée de conscience ne traverse cette période sous une forme active. Une hibernation profonde de plus de mille ans n’est possible pour aucune forme de vie intelligente connue, sur aucun monde d’aucun système.
Les spores fongiques la traversent. Certains types de graines la traversent. Rien de ce qui possède un système nerveux n’y survit intact. La vie se retire dans les profondeurs géothermiques ou disparaît. Ce phénomène est constant dans tous les systèmes habités de l’amas.
Le timing est critique. Le soleil est épuisé. Il pourrait s’éteindre sans crier gare. Jupiter s’enflamme en premier. Sa lumière est orange ambrée, profonde et dense, redessinant le ciel au-dessus de toutes les planètes intérieures.
Saturne suit, brûlant à une température plus basse, et le ciel vire au turquoise. La Terre vit sous deux soleils.
Les lunes de Jupiter, Ganymède, Callisto, Europe et Io, entrent dans une zone habitable autour d’une étoile qui s’éveille et deviennent des mondes indépendants. Un deuxième organisme solaire entre en activité. L’amas s’étend.
Au moins 8 200 civilisations non humaines sont actives au sein de ce système solaire. Elles connaissent le calendrier.
Les systèmes solaires existent en amas reliés par des réseaux de communication actifs. Un parasite qui pénètre dans un amas ne reste pas localisé. Il se déplace et se propage en cascade.
Ce que ce système solaire a connu au cours des deux derniers siècles est un événement parasitaire à l’échelle du système. Étranger, non accidentel, introduit au point le plus vulnérable du cycle solaire. En 1950, l’alerte a été donnée à l’amas. Le signal a été reçu.
La réponse est coordonnée. Les humains, les civilisations non humaines présentes dans ce système, et le soleil lui-même, percevant à travers le champ quantique ce qui est en jeu, se dirigent vers l’allumage. De nouveaux soleils avant que l’ancien ne s’éteigne. De nouveaux mondes avant que la brèche ne s’ouvre.
La plupart des grandes religions sur Terre sont un culte de Jupiter ou de Saturne sous un mince déguisement. Le dieu-roi assis sur le trône, entouré de tempêtes et d’éclairs.
Le dieu aux anneaux du temps, de la moisson, de la loi, l’administrateur cosmique. Zeus. Odin. Yahweh sous ses aspects de tempête. Chronos. Shiva, le destructeur et le régénérateur.
Les attributs sont identiques dans toutes les cultures car ils décrivent les deux mêmes objets dans le ciel, des objets que les civilisations plus anciennes de ce système comprenaient comme étant des soleils endormis, la progéniture de l’étoile vivante au-dessus, les héritiers du système.
Ce culte n’était pas une superstition primitive. C’était un protocole de préservation. Maintenir la connaissance en vie sous la seule forme qui survit à l’effondrement social : la religion.
La Lune est une étoile morte. Ancienne, creuse en profondeur, métallique, vestige comprimé d’un corps solaire épuisé. Elle n’a pas été construite. Elle s’est formée. Puis elle a été occupée, de la même manière que la vie marine occupe des coquilles vides. La structure était disponible. Des locataires s’y sont installés.
Une créature solaire épuisée. Deux descendants prêts à s’enflammer. Huit mille civilisations qui surveillent l’horloge. Un parasite en pleine opération. Un programme d’allumage coordonné déjà en cours.
L’hiver arrive. Les feux sont en train d’être préparés.
…Sirius B…
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