Cogiito – Président Sentinelles Guadeloupe (collectif citoyen) : LETTRE OUVERTE À EMMANUEL MACRON

LETTRE OUVERTE À EMMANUEL MACRON, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

𝐌𝐨𝐧𝐬𝐢𝐞𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐏𝐫é𝐬𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐑é𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐅𝐫𝐚𝐧ç𝐚𝐢𝐬𝐞,

Je m’adresse à vous aujourd’hui car vous êtes l’un des rares, et seuls politiques en responsabilité à pouvoir accéder à la compréhension de ce qui constituera la suite de ma lettre.

Vous êtes aussi « en même temps ! », un interlocuteur de référence entre « 𝐄𝐮𝐱 » et « 𝐍𝐨𝐮𝐬 ». Je vous sais, pouvoir qualifier le « 𝐄𝐮𝐱 », m’inscrivant en ce qui me concerne, vous l’aurez compris, résolument dans le « 𝐍𝐨𝐮𝐬 ». Le « 𝐍𝐨𝐮𝐬 » de Frantz Fanon dans « 𝐋𝐞𝐬 𝐝𝐚𝐦𝐧é𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐞 » mais aussi le « 𝐍𝐨𝐮𝐬 » de Michael Jackson dans « 𝐖𝐞 𝐀𝐫𝐞 𝐓𝐡𝐞 𝐖𝐨𝐫𝐥𝐝 ».

Nous ne nous connaissons pas, mais nous avons cependant en commun quelques points qui faciliteront peut-être la communication entre nous le temps de cette lettre.

Le premier est que nous sommes tous les deux des passionnés de philosophie, mais à l’existentialisme de Søren Kierkegaard qui semble vous guider je préfère encore m’accrocher à celui de Sartre qui relève plus d’un essentialisme humaniste. Voyez-vous, Monsieur le Président de la République Française, les nouvelles élites dont vous faîtes partie semblent 𝐚𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢é 𝐥𝐚 𝐯𝐚𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐭 𝐥’𝐞𝐬𝐬𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐯𝐢𝐞 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞.

𝐃𝐞 𝐥à 𝐨ù 𝐣𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐞, je ne m’arrogerai pas le droit de parler au nom de la France entière, encore moins au nom de la planète. Je ne parlerai pas non-plus au nom du peuple Guadeloupéen, mais au nom d’un vécu, d’un sentiment, d’une appréciation, que j’ai peut-être la faiblesse de croire, partagés par de nombreux humains, de mon peuple, de la France, et du monde.

Lors de votre dissertation en épreuve de philosophie en juin 1995, dont je me suis procuré une copie, vous écriviez ceci : « 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒑𝒂𝒓𝒅𝒐𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒍𝒆 𝒎𝒂𝒍, 𝒊𝒍 𝒇𝒂𝒖𝒕 𝒍𝒆 𝒏𝒐𝒎𝒎𝒆𝒓 ». Ceux qui protestent aujourd’hui contre les dérives liberticides de la société « 𝐝𝐢𝐭𝐞 𝐦𝐨𝐝𝐞𝐫𝐧𝐞 », font pourtant écho à votre écrit de jeune aspirant Bachelier. 𝟏𝟗𝟗𝟓 𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐨𝐢𝐧 𝐝𝐢𝐫𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 ! Et c’est là qu’intervient la frontière entre l’existentialisme et l’essentialisme. Le premier a peut-être eu raison de vous en l’espace d’une vingtaine d’années.

Le second point commun est que, tout autant que vous je pense que « 𝑳𝒂 𝒑𝒂𝒏𝒅é𝒎𝒊𝒆 𝒆𝒔𝒕 𝒖𝒏 𝒑𝒐𝒓𝒕𝒂𝒊𝒍 (𝑻𝒉𝒆 𝒑𝒂𝒏𝒅𝒆𝒎𝒊𝒄 𝒊𝒔 𝒂 𝒑𝒐𝒓𝒕𝒂𝒍 [𝑼.𝑵]) ».

Encore une fois, 𝐃𝐞 𝐥à 𝐨ù 𝐣𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐞, la notion de portail est accessoire, l’important est, 𝐜𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐢𝐥 𝐨𝐮𝐯𝐫𝐞.

𝐂𝐡𝐞𝐳-𝐦𝐨𝐢 𝐞𝐧 𝐆𝐮𝐚𝐝𝐞𝐥𝐨𝐮𝐩𝐞, plus que nul autre endroit en France, l’acte de pousser un portail semble indispensable, inéluctable, et vital, vues les comorbidités systémiques, historiques, et fonctionnelles infligées à notre territoire.

Et je reviens à la phrase tirée de votre épreuve de philosophie en 1995 : « 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒑𝒂𝒓𝒅𝒐𝒏𝒏𝒆𝒓 (𝒆𝒕 𝒋’𝒂𝒋𝒐𝒖𝒕𝒆𝒓𝒂𝒊 ”𝒓é𝒑𝒂𝒓𝒆𝒓”) 𝒍𝒆 𝒎𝒂𝒍, 𝒊𝒍 𝒇𝒂𝒖𝒕 𝒍𝒆 𝒏𝒐𝒎𝒎𝒆𝒓 » :

– Massacres des populations autochtones et colonisation

– Déportations d’Etres humains d’Afrique et mise en esclavage

– Répressions sanglantes des contestations sociales à plusieurs reprises de notre histoire commune

– Tolérance de l’empoisonnement des sols et des populations au Chloredécone

– Tolérance de la gabegie de multinationales de l’eau et de Politiques privant le territoire de la ressource eau potable en quantité et en qualité jusqu’à aujourd’hui

– Tolérance d’un taux de chômage de 20% (selon INSEE), mais beaucoup plus en réalité. En France hexagonale, il est de 8%

– Offre de politique de santé publique très largement en-deçà de la moyenne nationale

La liste des souffrances pourrait être beaucoup plus longue, mais je m’en arrêterai là, pour vous faciliter la lecture.

𝐃𝐨𝐧𝐜 𝐨𝐮𝐢, monsieur le Président de la République Française, il y a lieu de pousser le portail.

Mais il convient de le pousser 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥’𝐢𝐧𝐭é𝐫ê𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐆𝐮𝐚𝐝𝐞𝐥𝐨𝐮𝐩𝐞. En arrêtant d’entretenir une classe politique, et une caste « d’élites », à vos ordres et services, pour enfin commencer à entendre, écouter, et respecter les ressentis des citoyens autochtones.

Le troisième et dernier point réside dans notre entêtement !

𝐍𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐨𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐭ê𝐭𝐮𝐬 𝐭𝐨𝐮𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐮𝐱.

Vous, en vous arcboutant sur la volonté de poursuivre une gestion de la crise sanitaire décriée, tant elle sacrifie les libertés fondamentales, et à poursuivre chez-moi, chez-nous, des politiques héritées de l’époque coloniale, dont je veux croire qu’elle n’est pas la vôtre.

Moi, mais plus généralement « nous », en Guadeloupe et dans la plupart des territoires de l’outre-mer français, parce que nous croyons que la différenciation dont vous vous êtes fait le chantre est passé par pertes et profits, livrant nos territoires pourtant insulaires à une politique sanitaire que votre conseil scientifique recommande pour un continent.

Têtus parce que notre vraie et totale émancipation est l’objectif essentiel des engagements et luttes politiques et citoyennes que nous menons, héritages de nos ancêtres, que nous lèguerons à nos enfants.

Je suis certain que, tout autant que vous, nous sommes nombreux aujourd’hui en Guadeloupe à vouloir pousser le portail à la faveur de cette pandémie, à la condition de déboucher sur un « outre-portail » humaniste et qui tienne compte de 𝐪𝐮𝐢 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐨𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭 – 𝐞𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 !

« 𝘓𝘢 𝘱𝘢𝘯𝘥é𝘮𝘪𝘦 𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯 𝘱𝘰𝘳𝘵𝘢𝘪𝘭 », « 𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘢 𝘮𝘪𝘴 𝘦𝘯 é𝘷𝘪𝘥𝘦𝘯𝘤𝘦 𝘭𝘦𝘴 𝘥é𝘧𝘢𝘪𝘭𝘭𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴 𝘴𝘺𝘴𝘵é𝘮𝘪𝘲𝘶𝘦𝘴, 𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘳𝘢𝘨𝘪𝘭𝘪𝘵é𝘴 𝘦𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘪𝘯é𝘨𝘢𝘭𝘪𝘵é𝘴 𝘲𝘶𝘪 𝘥é𝘧𝘪𝘯𝘪𝘴𝘴𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘦 𝘮𝘰𝘯𝘥𝘦 𝘥’𝘢𝘶𝘫𝘰𝘶𝘳𝘥’𝘩𝘶𝘪 » (𝘦𝘹𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵𝘴 𝘥’𝘶𝘯 𝘵𝘦𝘹𝘵𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘕𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯𝘴 𝘜𝘯𝘪𝘴 𝘴𝘶𝘳 𝘭𝘦 𝘎𝘭𝘰𝘣𝘢𝘭 𝘎𝘰𝘢𝘭𝘴).

Alors je terminerai en citant une autre partie tirée de votre épreuve de philosophie :

« 𝑷𝒐𝒖𝒓𝒒𝒖𝒐𝒊 𝒏𝒆 𝒑𝒂𝒔 𝒔’𝒆𝒏 𝒊𝒏𝒔𝒑𝒊𝒓𝒆𝒓 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒂𝒗𝒂𝒏𝒄𝒆𝒓 𝒔𝒖𝒓 𝒏𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒉𝒊𝒔𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒄𝒐𝒍𝒐𝒏𝒊𝒂𝒍𝒆 à 𝒏𝒐𝒖𝒔, 𝑮𝒖𝒂𝒅𝒆𝒍𝒐𝒖𝒑é𝒆𝒏𝒔 (𝑭𝒓𝒂𝒏ç𝒂𝒊𝒔 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒗𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒕𝒆𝒙𝒕𝒆) ?

Mon peuple souffre et a atteint les limites du supportable.

É𝐫𝐢𝐜 𝐂𝐨𝐫𝐢𝐨𝐥𝐚𝐧
Président 𝐒𝐞𝐧𝐭𝐢𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐆𝐮𝐚𝐝𝐞𝐥𝐨𝐮𝐩𝐞 (𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧)

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