Dans un revirement politique majeur, l’Union européenne a proposé une liste unique de « pays d’origine sûrs », ce qui signifie que les citoyens de ces pays auront plus de difficultés à obtenir l’asile sur le territoire de l’UE. Bien que cette mesure soit prudente et calculée, l’UE a enfin reconnu que son système d’asile était devenu une passoire.
La liste comprend le Maroc, la Tunisie, l’Inde, l’Égypte, la Colombie, le Bangladesh et le Kosovo, pays d’où proviennent un nombre croissant de demandes d’asile en Europe, souvent sans que les conditions requises pour bénéficier d’une protection internationale soient remplies.
Avec cette désignation, la Commission vise à accélérer le traitement des demandes manifestement infondées et à faciliter le retour des migrants en situation irrégulière.
Cette décision marque une petite victoire pour les partisans d’un contrôle plus strict des frontières et d’une politique migratoire plus réaliste.
Après des années de pression, de protestations et de succès électoraux des partis patriotiques dans plusieurs pays, notamment en Italie et, dans une moindre mesure, en France, Bruxelles semble admettre que le modèle actuel ne fonctionne pas.
Selon les termes du commissaire européen chargé des migrations, Magnus Brunner, « de nombreux États membres sont confrontés à un important arriéré de demandes d’asile, de sorte que toute mesure contribuant à accélérer les procédures est essentielle ».
Et cet effondrement administratif n’est pas le fruit du hasard : pendant des années, l’UE a promu une politique d’ouverture qui a submergé les systèmes d’accueil nationaux et suscité une colère croissante au sein de la population.
Ce n’est pas un hasard si cette mesure intervient au moment où la Commission propose également d’accélérer la mise en œuvre de certains éléments clés du nouveau pacte sur les migrations et l’asile, dont l’entrée en vigueur était initialement prévue pour juin 2026.
Cette proposition ouvre la voie à une accélération des procédures aux frontières, en particulier pour les demandeurs d’asile provenant de pays où moins de 20 % des demandes sont acceptées – des cas où, selon les données, la plupart des demandes ne sont pas véritablement justifiées.
Comme on pouvait s’y attendre, les organisations dites de défense des droits de l’homme ont vivement réagi. Elles affirment que le fait de qualifier des pays tels que l’Inde ou la Tunisie de « sûrs » constitue une violation du droit d’asile, arguant que de nombreux demandeurs fuient la persécution politique, la violence domestique ou la discrimination.
Cette réaction est toutefois prévisible. Depuis des années, bon nombre de ces organisations ignorent les conséquences sociales, économiques et culturelles d’une migration incontrôlée et la frustration croissante de millions d’Européens.
Malgré ce changement apparent de politique, la prudence reste de mise. La proposition doit être approuvée par le Parlement européen et les États membres.
De plus, la Commission a laissé la porte ouverte à une liste « dynamique », ce qui signifie qu’elle pourrait être élargie, révisée, voire suspendue pour certains pays.
Ce n’est pas non plus la première fois que Bruxelles avance une telle idée. En 2015, une liste similaire avait été proposée, mais l’initiative avait échoué en raison de divisions internes, notamment sur l’inclusion de la Turquie.
Et n’oublions pas que chaque État membre peut continuer à maintenir sa liste nationale, potentiellement plus large que la liste standard de l’UE, s’il le souhaite.
~ Javier Villamor
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