La mythologie antique du Saint Graal

Julie Peters

Les légendes du Saint Graal, du Divin Féminin et des Chevaliers de la Table Ronde continuent de nous fasciner.

Vous avez sans doute déjà entendu parler du Saint Graal à un moment ou à un autre de votre vie. Cette expression sert à décrire quelque chose de parfait ou d’idéal ; un objet ou une expérience très convoitée. Il n’y a pas si longtemps, je l’ai entendue utilisée pour décrire un fond de teint que quelqu’un adorait.

Mais la mythologie du Saint Graal plonge ses racines à la fois dans l’héritage culturel chrétien et dans des systèmes de croyances païennes plus anciens, antérieurs au christianisme. Son mystère pourrait être lié au domaine du divin féminin et pourrait même avoir un rapport avec l’amour — et le sexe.

Les récits les plus connus du Saint Graal proviennent des légendes arthuriennes écrites au Moyen Âge, avec des récits s’étendant du Ve au XVe siècle. Cependant, le Saint Graal est apparu pour la première fois dans Perceval, l’histoire du Graal, écrit par le Français Chrétien de Troyes à la fin du XIIe siècle.

Dans ce récit, Perceval est un jeune chevalier innocent, un personnage presque bouffon, qui s’égare une nuit dans le château du Roi Pêcheur. À l’intérieur, il assiste à divers miracles : un plat d’or qui se renouvelle sans cesse de nourriture pour les affamés, porté par une belle jeune fille ;

une lance sanglante ; et un mystérieux Graal. Perceval omet de poser la moindre question sur le Graal et ses pouvoirs, ce qui s’avère être une grave erreur. À son réveil le lendemain matin, il découvre que le Roi Pêcheur va désormais mourir, ainsi que le pays et tout son peuple.

L’histoire s’arrête là, mais quelque chose en elle a captivé de nombreux écrivains de l’époque, et sa mythologie s’est développée, multipliée et a évolué.

Un monde du Divin Féminin

À l’époque des romans arthuriens, qui s’étend principalement au XIIe siècle, le catholicisme romain exerçait une influence puissante, et la plupart des gens étaient des catholiques pratiquants.

Bien que l’Empire romain ait tenté d’effacer les anciens systèmes de croyances païens, les traditions et les mythes celtiques ne furent pas entièrement oubliés, et des motifs issus de diverses légendes celtiques se glissèrent dans les récits populaires de l’époque.

Les Celtes, qui s’étendaient sur les îles britanniques et certaines parties de l’Europe, faisaient partie d’une culture de transmission orale.

La plupart de ce que nous savons d’eux provient de textes écrits par des moines chrétiens, souvent bien après que les Celtes eurent été pour la plupart vaincus et convertis au christianisme.

Nous savons que ces tribus étaient liées à la terre et à ses cycles.

Les célèbres légendes des Tuatha Dé Danann en Irlande racontent l’histoire d’une race de personnes dotées de pouvoirs magiques qui finirent par se retirer dans l’Autre Monde, ce monde entre les mondes que la plupart des gens connaissent aujourd’hui sous le nom de royaume des fées — le pays des fées.

Le château du Roi Pêcheur était clairement considéré comme situé dans ce royaume étrange et surnaturel, un lieu où les règles humaines habituelles ne s’appliquaient pas.

Certains croient que ce monde était régi par le divin féminin, avec des figures telles que la Dame du Lac et Morgane le Fay à sa tête. C’était un monde où les chevaliers échouaient dans leurs tentatives de combattre ou de comprendre quoi que ce soit.

La seule façon de réussir était de renoncer à tout ce qu’ils avaient appris et de s’abandonner à ce qui se passait. Perceval avait profondément envie de poser des questions au château du Roi Pêcheur ; son intuition le suppliait de le faire.

Mais son erreur fatale fut de donner la priorité à la leçon qu’il avait apprise des autres chevaliers : qu’il est impoli de poser trop de questions. En essayant de suivre les règles, il n’avait pas su faire confiance à son intuition — une erreur cruciale au pays du divin féminin.

Les premiers concepts du Graal

Le Graal était à l’origine représenté comme une coupe ou un plat, une forme qui a des associations anciennes avec l’utérus. Il est souvent représenté aux côtés d’une lance ou d’une épée dont la pointe saigne — un symbole du phallus.

Le Graal pourrait être un vestige du concept de mariage sacré, ces anciens rites sexuels païens (symboliques ou non) qui représentaient l’union du dieu et de la déesse ; la fécondation nécessaire de la terre afin de faire pousser la nourriture au printemps.

Le Saint Graal, sous sa forme typique de coupe ou de gobelet, pourrait faire référence à d’anciens symboles divins féminins.

L’ancien ankh égyptien, symbole de la vie et de la déesse Isis, ressemble à un cercle posé sur une tige, comme une coupe à couvercle fermé, dans laquelle certains voient un utérus avec des trompes de Fallope et le canal de naissance.

Le symbole de Vénus, associé à la Vénus romaine et à son homologue grecque, Aphrodite, a presque la même forme.

On dit que le Saint Graal possède de nombreux pouvoirs magiques, notamment celui de guérir et même de ramener les morts à la vie.

Dans l’une de ses légendes, Airmed, une déesse de l’ancien peuple irlandais des Tuatha Dé Danann, place des herbes magiques dans un chaudron géant ou un puits afin de soigner les blessés et de ressusciter les morts.

Cette histoire pourrait être une autre source d’inspiration païenne ancienne pour ce qui est devenu la coupe magique arthurienne.

La quête éternelle du Graal

Perceval est parfois présenté comme l’un des chevaliers de la Table ronde du roi Arthur, cherchant (et échouant généralement à trouver) le Saint Graal.

Certaines histoires arthuriennes confèrent une morale clairement chrétienne à la quête du Graal, où seuls les chevaliers les plus vertueux peuvent atteindre le Graal.

Sir Galahad, fils du célèbre chevalier Lancelot et de Dame Éléonore de Corbenic (que Perceval avait initialement vue tenant le récipient lui-même), est l’un des rares chevaliers de ces récits à atteindre le Graal.

Il y parvient grâce à son alignement constant avec Dieu, ayant mené une vie chaste et vierge. Après avoir découvert le Graal, il monte au ciel — sa mission terrestre étant apparemment accomplie, sa quête s’achevant par une mort vertueuse.

Le père de Galahad, Lancelot, cherche lui aussi le Graal dans ces légendes. Il suit les conseils de plusieurs ermites qui lui recommandent d’adopter un régime végétarien et de porter un cilice pour dormir afin d’expier son plus grand péché : avoir aimé Guenièvre, l’épouse du roi Arthur.

Comme il n’est jamais capable de renoncer à son amour pour elle, il n’a droit qu’à un bref aperçu du Saint Graal.

Quelles que soient ses véritables origines, le Saint Graal est une histoire et un symbole qui résonne encore aujourd’hui. Il représente de nombreuses choses : la fertilité de la terre ; le cœur d’une personne ou d’une communauté ; le ventre maternel ;

la Déesse elle-même ; voire le concept de l’amour véritable. Le rechercher exige plus que de parcourir les environs, une épée dans une main et les rênes d’un cheval dans l’autre.

Nous devons également nous abandonner à ce que nous ne connaissons pas, nous en rendre dignes et le rechercher au plus profond de notre cœur plutôt qu’avec nos yeux. La magie du Saint Graal réside dans son mystère.

…Julie Peters…


Source

Ce contenu ainsi que les informations et les opinions qui y sont exprimées sont ceux de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement mon opinion. Tout commentaire négatif ou inapproprié sera systématiquement supprimé et l’auteur bloqué.

A propos de Etresouverain 13869 Articles
L'amour inconditionnel comme but ultime !