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Elle est venue à Troie non pas pour gagner la guerre. Elle est venue pour y mourir…
Son nom était Penthésilée, reine des Amazones. Elle arriva sur la plaine de Troie dans les semaines suivant les funérailles d’Hector, alors que la cause troyenne penchait déjà. La ville le savait. Elle aussi.
Mais elle n’était pas venue parce que Troie avait besoin d’être sauvée. Elle était venue parce qu’elle avait besoin de ce que seule la guerre pouvait offrir.
Des mois avant son arrivée, lors d’une chasse, elle avait lancé un javelot qui était parti trop loin. Selon le récit préservé dans la tradition post-homérique, l’arme était destinée à un cerf. Elle tua sa sœur Hippolyte à la place. La mort fut un accident. La culpabilité fut absolue.
Selon le code guerrier qu’elle portait, une culpabilité de sang de ce genre ne pouvait être réglée en or ou en cérémonie. Elle exigeait une réponse en sang : soit la mise à mort d’ennemis, soit la mort du coupable. Penthésilée fit son choix. Elle irait à Troie, combattrait avec tout ce qu’elle avait, et laisserait l’issue équilibrer le compte.
Elle arriva avec douze guerrières amazones à ses côtés.
Sur le champ de bataille, selon le récit dans les Posthomériques de Quintus de Smyrne, elle combattit avec une férocité qui ébranla les Grecs. Certains récits nomment Ajax parmi ceux qu’elle vainquit. Les Troyens, qui n’avaient pas ressenti d’espoir depuis des semaines, se massèrent sur les remparts pour regarder. Pendant un moment de cette journée, elle repoussa les forces grecques vers leurs navires.
Cela ne s’était pas produit depuis qu’Hector était vivant.
Puis Achille entra sur le champ.
Lui aussi portait quelque chose. Son plus proche compagnon, Patrocle, était mort. Il avait déjà tué Hector en vengeance. Il combattait maintenant sans rien à prouver et sans rien à protéger.
Deux personnes au bord de ce qu’elles pouvaient porter se rencontrèrent au milieu de la plaine.
Les récits diffèrent sur les détails de leur duel. Ils s’accordent sur l’issue. Achille la tua.
Quand il ôta son casque et regarda la femme qu’il venait de combattre, quelque chose en lui se brisa. Les sources anciennes décrivent du chagrin, de l’étonnement, une émotion que les chroniqueurs ne purent nommer clairement. Un soldat nommé Thersite se moqua de lui pour cela. Achille le tua pour ça.
Il rendit son corps. Il ne la laisserait pas sur le champ.
Elle était venue chercher une mort de guerrière. Elle en reçut une. Si cela résolut la culpabilité qu’elle portait est une question que les poètes laissèrent ouverte.
La reine qui arriva à la guerre déjà brisée. Le duel qui produisit un chagrin que personne n’attendait. Le moment où le plus grand combattant de son époque pleura sur la femme qu’il venait de tuer.
Troie produisit de nombreuses histoires. Peu portent ce poids particulier.
Une coupe à figures rouges peinte à Athènes vers 460 av. J.-C., aujourd’hui aux Antikensammlungen de Munich, dépeint le moment précis où Achille la tue. Leurs yeux sont montrés se rencontrant à l’instant de la mort. Les érudits connaissent le peintre principalement par cette œuvre, et lui ont donné le nom conventionnel de Peintre de Penthésilée.
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