Avez-vous déjà consulté un sangoma ?

Dès que vous entrez, l’air change. La fumée du brasero s’élève en volutes régulières, parfumée de racines et de résine, imprégnée d’une odeur ancienne qui s’accroche à la peau.

Le tambour commence à battre doucement, patiemment, sans interruption, chaque coup étant une invocation aux pouvoirs qui se cachent sous la surface du monde.

Le sangoma est assis devant, calme et sûr de lui, couronné de perles qui témoignent de sa lignée et de son devoir. L’air autour d’eux est lourd, comme si l’invisible lui-même s’était rassemblé pour écouter.

Dès que vous entrez, l’air change.

Il s’agit de l’ancienne science du continent, précise et réfléchie, guidée par la loi de l’équilibre. Le sangoma n’est pas un mystique au sens occidental du terme, mais un technicien de l’esprit, formé pour lire les courants qui sous-tendent la pensée et la forme.

Il travaille à la croisée de la médecine et de la métaphysique, guidé par une cosmologie qui considère l’univers comme un champ de vie continu, stratifié et interconnecté.

Chaque maladie, chaque malheur, chaque confusion de l’esprit ou du destin trouve son origine dans une perturbation de ce champ. La tâche du sangoma est de localiser le point de déséquilibre et de le rétablir.

Leurs connaissances sont vastes, conservées dans des chants et des traditions végétales transmis de génération en génération lors d’initiations. L’herbe des rêves xhosa, Silene undulata, est utilisée pour atteindre les portes de la vision, ouvrant le couloir entre l’éveil et le monde des ancêtres.

L’Umhlonyane, avec son goût vif et purifiant, ouvre la voie à la communication avec les esprits de la lignée. D’autres racines ancrent le corps ou aiguisent les sens, créant un état où la perception s’étend au-delà de la chair.

Ce ne sont pas des symboles ou des métaphores, mais des instruments de précision dans un système de connaissances ancien qui fonctionne par vibration et résonance.

C’est l’ancienne science du continent.

Le sangoma parle de sorcières qui se déplacent la nuit, leur esprit se séparant de leur corps et voyageant dans le vent. Certaines observent le monde à travers d’autres formes vivantes, regardant, écoutant, exerçant leur influence à distance.

Le sangoma sait comment suivre leurs mouvements, comment lire les traces qu’elles laissent dans l’air et sur le sol. Il ne considère pas ces forces comme des légendes, mais comme des éléments d’une même écologie spirituelle qui comprend les ancêtres, les esprits élémentaires et les énergies vitales de la terre.

Chaque force a sa place et sa loi. Le devoir du guérisseur n’est pas de détruire, mais de rétablir l’équilibre.

Lorsque la cérémonie commence, le rythme prend le dessus. Le tambour résonne, les chants convergent et le sangoma entre dans le courant. Le corps s’immobilise tandis que la voix s’approfondit, changeant de ton à mesure que les ancêtres se rapprochent.

Autour d’eux, l’invisible s’agite. Le sangoma voyage à travers cet espace vaste et ordonné que d’autres ont tenté de nommer : le champ, la machine, la matrice ; mais aucun de ces mots ne rend véritablement compte de sa véritable importance.

En son sein se trouvent des intelligences, anciennes et lucides, qui régulent les cycles de la vie et de la mort. Le sangoma négocie avec elles, recherche la connaissance, rapporte ce qui est nécessaire aux vivants.

C’est le fondement de nombreuses traditions sud-africaines, observées avec discipline et révérence. Il ne s’agit pas d’illusion ou de folklore, mais d’une science fonctionnelle des strates spirituelles qui sous-tendent la réalité.

Chaque acte rituel, de la combustion des herbes au rythme du tambour, correspond à des mécanismes précis au sein de cette structure invisible. Grâce à cela, l’équilibre est rétabli, la maladie est éliminée et le lien entre les vivants et les morts reste intact.

S’asseoir devant un véritable sangoma, c’est être témoin de la continuité d’un ordre ancien. Le tambour ne divertit pas, il régule les fréquences du moment. Les herbes ne symbolisent pas, elles activent. Les esprits ne hantent pas, ils instruisent. Tout est fonctionnel, tout a un but.

C’est la technologie de l’esprit telle qu’elle a toujours existé sur le sol africain ; enracinée, précise et vivante entre les mains de ceux qui savent encore l’utiliser.

Lorsque la cérémonie commence, le rythme prend le dessus.

…Sirius B…


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