SiriusB – Le gardien de l’Untersberg

Le gardien de l’Untersberg. Une histoire d’horloges, de courage et de feu d’automne.

Au sud, là où les montagnes s’élèvent comme d’anciens rois couronnés de neige et de silence, se dresse l’Untersberg, un géant de pierre dont les falaises roses capturent les derniers rayons du soleil et les retiennent comme des braises dans le ciel.

Bien que ses pentes soient connues des vagabonds et des bergers, son cœur reste inviolé, car sous ses rochers se cache une chambre secrète où vit un vieil homme qui mesure le temps avec des mains aussi lentes que le souffle de la montagne.

Ce n’est pas un personnage ordinaire issu d’un conte ou d’un roman, mais un être vêtu d’une robe sombre tissée à partir d’années oubliées depuis longtemps, avec des ongles épais comme de la corne et recourbés comme des serres d’aigle, chacun taché par l’encre des heures oubliées et la poussière des horloges brisées.

Assis à sa table en laiton et en os, il fait tourner les rouages du monde avec des yeux qui ont vu la naissance des fleuves et la chute des empires.

La rivière qui serpente sous la falaise chante le danger sous la lune d’automne, car les rochers y sont humides de souvenirs et de mousse, et un faux pas coûte plus que des chaussures, il coûte le souffle, le rire, parfois le nom de ceux qui n’ont jamais été retrouvés.

C’est au cours de ces mêmes mois, lorsque les feuilles tombent comme d’anciennes prières et que la montagne gémit sous le poids du gel précoce, que la créature s’agite, cette chose effrayante aux doigts longs comme des branches de bouleau et aux dents semblables aux racines brisées de vieilles tombes.

Elle attend derrière les arbres qui se courbent sous son souffle, elle attend près des écoles et des portes, avec une faim qui ressemble à une berceuse et un visage que personne n’ose se rappeler, car elle vient pour enlever les jeunes, pour se nourrir de la joie des visages éclairés par le feu et des doux rêves de laine.

Les villes deviennent silencieuses. Les portes sont verrouillées. Les grand-mères chantent les noms des saints tandis que les pères affûtent leurs vieux outils à la lueur des bougies.

Mais lorsque la peur atteint son paroxysme et que la nuit est la plus profonde, c’est alors que les navires reviennent, silencieux et dorés dans les vents des montagnes, avec des voiles comme des ailes de dragon et des guerriers sculptés dans la glace et la rage, et avec eux descendent les Valkyries, leurs voix fortes comme le tonnerre, leurs lames brillantes comme des prophéties, et elles repoussent la créature dans le ravin d’où elle a rampé.

Alors les cloches sonnent de joie, et la bière coule à nouveau, épaisse et chaude, brassée avec de l’orge récoltée dans les champs de la vallée, avec du houblon noble cultivé près des chapelles en ruines, avec de la levure conservée dans des fûts de chêne qui contenaient autrefois le vin de communion, et avec de l’eau puisée dans les sources les plus pures des veines de la montagne.

Les salles s’ouvrent, de longues tables s’étendent d’un mur à l’autre, et les gens dansent en levant leurs chopes vers le ciel, chantant des chants de triomphe, des saisons survécues, du vieil homme qui tourne les horloges en contrebas et empêche le monde de s’effondrer.

Il ne participe pas aux festins, mais il écoute. Dans les profondeurs glacées où le temps lui-même se forge, il écoute.

Chaque acclamation est une note sur son parchemin, chaque gorgée un chiffre dans son calcul sans fin. Son travail n’est jamais terminé. Le Gardien attend, la montagne rêve, et le monde poursuit son cycle ancestral.

Souvenez-vous-en, si jamais vous gravissez le sentier escarpé de l’Untersberg et sentez la pierre se réchauffer sous vos pieds comme si quelque chose en dessous respirait encore. Ne craignez pas le silence. Ne prononcez pas les anciens noms.

Marchez doucement et portez votre joie avec respect, car les horloges écoutent et le vieil homme continue de marquer le temps.

~ SiriusB


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