SiriusB – Lucius le Brisé

Ah, par les dieux du Forum et les ombres de mes ancêtres épuisés, moi, Lucius le Brisé, esclave misérable depuis cent hivers,

enchaîné non pas par le fer, mais par le tribut sans fin versé aux coffres de César, impôt après impôt, de la sueur de mon front dans les champs jusqu’au dernier denier extorqué de mes os, je murmure maintenant ces vérités depuis les ombres de mon délire.

Toute ma vie, j’ai peiné sous l’illusion de la liberté, un rêve d’imbécile, pour me réveiller dans cette carcasse en ruine et voir le joug qui m’enchaînait.

Dans les visions qui hantent mes nuits fiévreuses, accordées peut-être par la miséricordieuse Junon ou le vengeur Pluton, apparaît l’aube de la Nouvelle Tartarie, un royaume au-delà de la portée du Tibre, où les blessures de la chair et de l’esprit seront pansées et guéries, réparant ce que la cupidité des empereurs a déchiré.

Si les hommes-poissons, ces habitants glissants des abysses de Neptune, devaient être les premiers à sortir des vagues, ils apporteraient avec eux le don de la nanotechnologie, de minuscules moteurs, tels les atomes de Démocrite, forgés pour réparer le corps de l’intérieur et chasser les fléaux qui accablent l’âme.

Si les dauphins, messagers espiègles du dieu de la mer, bondissent sur les rivages, leurs arts déconcerteront nos esprits mortels, leurs outils seront aussi mystérieux que les énigmes des sibylles, mais eux aussi dispenseront la guérison, un baume pour les coups du destin.

Mais si les plantes sensibles, sages comme les druides de Gaule dans leurs vaisseaux ramifiés tels des candélabres enflammés forgés par Vulcain, descendent sur nous, elles nous offriront des gousses de restauration, des chambres sacrées, le meilleur remède à une multitude de maux, puisant la vie dans les veines mêmes de la terre.

Certains attendront patiemment ces sauveurs verdoyants. D’autres, écrasés sous le poids des souffrances présentes, comme moi sous la botte des collecteurs d’impôts, devront se saisir sans tarder de la nanotechnologie.

Tous les chemins mènent à la même fin bienveillante, bénie par les Parques. Mais écoutez ceci, de la part de quelqu’un qui l’a payé cher.

La nanotechnologie répare aussi vite qu’une légion en marche, mais choisissez les capsules par la suite, et la guérison peut s’éterniser comme le lent broyage d’une meule, une veille plus longue dans leur étreinte, car le corps doit se débarrasser de la précipitation des remèdes moins efficaces.

Ah, maudit par les impôts et l’illusion de la liberté, moi, Lucius le Brisé, esclave depuis un siècle, je vois poindre l’aube salvatrice de la Nouvelle Tartarie.

Les hommes-poissons apportent des réparateurs nanotechnologiques ; les dauphins, des remèdes mystérieux ; les plantes sensibles, des capsules suprêmes.

Toutes les voies sont bonnes, mais la nanotechnologie accélère le processus, tandis que les capsules prolongent la vie si elles sont choisies plus tard.

~ SiriusB


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