Tu parles de la Genèse comme si l’aube première avait pris fin. Regarde le monde. L’argile a appris à parler à travers le fer.
Les hommes ont emprisonné la foudre, appris à la pierre à calculer, et érigé des tours dans lesquelles mille esprits s’affairent pour donner la parole à une seule machine. Pourtant, sous ces merveilles se dressent toujours les deux mêmes arbres. Sous leurs branches attend le même homme inachevé.
L’Arbre de la Connaissance porte un lourd fardeau en cette époque. Son fruit pénètre dans chaque maison. Grâce à lui, un homme peut apprendre la composition d’une étoile tout en restant étranger à sa propre cruauté. Il peut dénombrer les vivants, prédire leur faim, régir leurs mouvements, sans jamais se demander ce qui lui donne ce droit.
C’est là que commence l’ancienne tentation : confondre la compréhension avec la souveraineté. Croire que, parce qu’une chose peut être créée, elle doit l’être ; que, parce qu’une vie peut être régie, elle appartient à celui qui la gouverne.
Et pourtant, l’Arbre de Vie se dresse toujours.

L’Arbre de vie
Ses racines s’enfoncent sous les fondations des empires. On ne peut ordonner à son fruit de mûrir. Quiconque s’en approche doit porter le poids de sa conscience, car la vie se confie à nous sous des formes qui peuvent être blessées. Un enfant. Une créature. Une promesse. La terre sous la charrue. Tout ce qui est sacré place une partie de lui-même à portée de nos mains.
C’est pourquoi la première loi de la force est la retenue.
Que celui qui peut détruire apprenne ce qu’il est tenu de préserver. Que celui qui peut tromper devienne rigoureux dans la vérité. Que celui qui voudrait prononcer un jugement subisse d’abord le jugement de sa propre conscience, sans défenseur, sans applaudissements, sans l’abri de son titre.
L’honneur commence là où l’intérêt prend fin et où le devoir demeure.

Genèse et l’aube des temps
Aucun trône ne peut abroger cette loi. Aucune assemblée ne peut, par un vote, transformer une cruauté en justice. Ce qui est infligé à ceux qui sont sans défense marque le caractère de celui qui le fait. Il en portera le fardeau par la suite, même si son nom est gravé sur chaque porte de la ville.
La Genèse, c’est la création qui passe encore entre nos mains. La poussière est encore en train d’être façonnée. Le souffle est encore en train d’être confié. Et l’homme, entouré de la splendeur de tout ce qu’il a créé, répond encore à la question de ce qu’il deviendra.
Il y aura assez de savoir pour assombrir les cieux de nos œuvres.
Puisse-t-il y avoir assez de justice pour laisser quelque chose de vivant en dessous

L’honneur commence là où l’intérêt s’arrête et où le devoir perdure
…Sirius B…
Ce contenu ainsi que les informations et les opinions qui y sont exprimées sont ceux de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement mon opinion.