Pourquoi c’est si agréable de se perdre dans une activité ?

David R. Hamilton

Vous est-il déjà arrivé d’être tellement absorbé par quelque chose que vous en avez complètement perdu la notion du temps ?

Peut-être étiez-vous en train de jardiner. Ou de jouer de la musique. Ou encore de peindre, de cuisiner, de lire un très bon livre.

Ou de travailler sur quelque chose qui vous captivait tellement que, lorsque vous avez enfin regardé l’horloge, vous n’arriviez pas à croire combien de temps s’était écoulé.

Je connais très bien ce sentiment. Je l’ai vécu assez souvent ces derniers temps en écrivant mon nouveau livre (la date limite est dans deux semaines, ce qui explique aussi pourquoi l’article de cette semaine a un jour de retard). Il m’arrive parfois d’être tellement absorbé par un chapitre que plusieurs heures semblent s’envoler.

Il existe en fait un nom pour désigner cette expérience. Les psychologues l’appellent le « flow ».

Le « flow »
Ce concept a été mis en avant par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, qui a étudié ce qui se passe lorsque les gens sont complètement absorbés par une activité.

Il se caractérise par une concentration intense, une conscience réduite de soi et, parfois, une perception altérée du temps. On ne pense pas à ce qu’on doit faire ensuite. On ne se soucie pas non plus de l’impression que l’on donne. On est simplement immergé dans ce qu’on fait.

Et voici ce que je trouve vraiment important à propos du « flow » : il est associé à un plus grand bien-être.

« Flow » et bien-être
En effet, une méta-analyse publiée cette année (2026) a rassemblé des recherches examinant la relation entre le « flow » et le bien-être. Les chercheurs ont mis en évidence une association positive modérément forte.

Mais plus encore, cette relation s’est avérée plus forte pour ce que les psychologues appellent le bien-être eudémonique – des aspects tels que le sens, l’épanouissement personnel et le bon fonctionnement – que pour le simple fait de se sentir heureux. J’apprécie particulièrement cette distinction, que j’ai d’ailleurs approfondie dans l’un des chapitres de mon livre.

Car le « flow » ne consiste pas nécessairement à se sentir heureux sur le moment. En effet… lorsque l’on est complètement absorbé par quelque chose, on ne pense souvent pas du tout à son bonheur. On se contente de le faire.

Pourtant, cette expérience peut être profondément épanouissante. Parfois, c’est lorsque l’on ne pense absolument pas à ce que l’on ressent que l’on se sent le plus épanoui.

En d’autres termes, le bonheur n’est pas toujours quelque chose que l’on trouve en le cherchant. Parfois, c’est lui qui nous trouve alors que nous sommes absorbés par autre chose.

Comment atteindre l’état de « flow »
Alors, comment pouvons-nous vivre davantage d’expériences de « flow » ?

Un élément important consiste à trouver le bon équilibre entre défi et compétence. Si quelque chose est trop facile, on risque de s’ennuyer, mais si c’est trop difficile, on peut se sentir frustré ou anxieux. En revanche, lorsqu’une activité nous pousse juste assez à mobiliser nos capacités, nous avons plus de chances de nous y plonger corps et âme.

Il est également utile d’avoir une idée claire de ce que l’on fait, de pouvoir constater nos progrès et de réduire au minimum les distractions.

Enfin, l’état de « flow » n’est pas réservé aux exploits extraordinaires. Il peut survenir en jouant d’un instrument, en s’occupant d’un jardin, en résolvant un casse-tête, en fabriquant quelque chose ou en apprenant une nouvelle compétence.

Une activité en apparence ordinaire peut vous ouvrir la voie vers cet état de « flow ».

Essayez ceci
Voici donc quelque chose à essayer cette semaine.

Pensez à une activité que vous appréciez et qui capte toute votre attention.

Quelque chose qui vous met un peu au défi, mais pas au point de vous submerger.

Accordez-vous ensuite un moment sans interruption pour la pratiquer.

Mettez votre téléphone de côté. Oubliez le multitâche. Et laissez-vous aller à une immersion totale.

N’essayez pas de forcer l’état de « flow ».

Créez simplement les conditions qui favorisent son apparition.

Car peut-être que l’une des façons de vivre une vie plus riche n’est pas de chercher sans cesse de nouvelles choses pour nous rendre heureux.

Parfois, c’est de se plonger tellement dans une activité significative ou agréable que, l’espace d’un instant, on en oublie complètement de rechercher le bonheur.

…David R. Hamilton…


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