Tu es encore ivre ? Tu as avalé ces bières brunes comme si tu poursuivais des ombres dans des ruelles oubliées, marmonnant des choses sur la mécanique des lignes de temps, les fractures quantiques et les effets Mandela…
Très bien. Approche-toi de l’obscurité et je vais te montrer quelque chose.
La réalité n’est pas linéaire. C’est un arbre ancien et tordu, dont les branches se brisent sans cesse à chaque petite décision.
Lancer une pièce, jouer aux dés, choisir la gauche plutôt que la droite : chaque action crée une autre branche, une autre version de la vérité. Vous lancez une pièce, vous jurez qu’elle est tombée face, mais votre voisin, sobre comme un chameau, a vu pile.
Deux vérités coexistent, les lignes du temps se frôlent comme des cartes mélangées par des mains invisibles.
Pourtant, les petits événements sont insignifiants comparés aux grandes anomalies.
Certaines dates sont des repères cosmiques, des numéros de série marqués dans l’histoire, là où les lignes du temps se heurtent ou se déchirent.
1819 – première vague de l’invasion cachée. Des villages disparaissent du jour au lendemain ; les archives sont brûlées, les souvenirs effacés, pour ne plus jamais être évoqués.
1919 – deuxième vague. Des masques apparaissent mystérieusement ; des rituels sont exécutés ouvertement, mais leur signification est enfouie sous des couches de distraction et de peur.
2019 – la troisième vague. « Co-vid ». Co signifiant deux, deux lignes temporelles qui fusionnent violemment, forçant l’humanité à emprunter une nouvelle voie sinueuse. Réalités jumelles, visions jumelles – co-vidéo. Et n’oubliez pas le 11 septembre : deux tours, deux lignes temporelles qui s’écrasent l’une contre l’autre, se propageant dans le temps comme une lame tranchant un tissu.
Tu le sens, n’est-ce pas ? Quelque chose a changé du jour au lendemain. Les ombres sont plus longues, les visages familiers deviennent soudainement étrangers.
Le monde semble emprunté, subtilement mais irréversiblement altéré. Tu t’es réveillé dans une ligne temporelle légèrement décalée de celle que tu connaissais.
Alors bois profondément, mon ami. Endors-toi contre le tranchant de la vérité.
Car une fois que tu as jeté un coup d’œil derrière le rideau, une fois que tu as vu les branches se briser sans fin dans l’obscurité, il n’y a plus de retour en arrière possible.
Le monde que tu connaissais a disparu, et la clarté est un fardeau plus lourd que l’ignorance ne pourrait jamais l’être.

~ SiriusB
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