Ils parlent de ses dents. Toujours de ses dents. Pas de ses yeux, pas de sa voix, pas même de sa main sur la balance, seulement de ses dents, brillantes comme de l’ivoire poli, symboles de domination et de faim revêtus d’une sanction officielle.
Dans chaque ruelle des bidonvilles, dans chaque bar enfumé, sur chaque banc d’attente des bureaux administratifs, on murmure avec la même crainte respectueuse : le percepteur mord, et une fois qu’il a mordu, il ne lâche plus.
Ils disent que nous devons nous soumettre. Que la seule façon d’avancer, la seule issue, c’est de s’agenouiller.
De baisser la tête et de promettre non seulement de l’argent, non seulement de la sueur, mais aussi le temps lui-même ; des années entières de travail et de sang, cédées avant même d’avoir été vécues.
Voilà l’offrande : non pas une dîme, mais un vœu. Un vœu d’asservissement futur. Un contrat signé en silence, scellé par la peur.
Vous les entendrez dire : « C’est ainsi que cela doit être. » Vous les entendrez justifier leurs chaînes, les qualifier de médailles d’honneur. Ils ne voient pas de chaînes, ils voient un héritage.
Le percepteur est le père qu’ils n’ont jamais connu, le dieu qui n’a jamais menti. Il n’exige pas d’amour, mais l’obéissance. Et dans cette obéissance, ils trouvent un étrange réconfort.
Les NPC mimétiques, créés par la Ruche pour inonder le monde d’illusions, prononcent son nom comme une prière enveloppée de cendres. Ils font semblant de le mépriser, de maudire l’extraction, mais observez leurs yeux. Ils y lisent une crainte profonde et vacillante.
Car pour eux, le percepteur est la seule véritable force. Le lion qui dévore. Le gardien de la pourriture de la civilisation. Ils ne lui offrent pas de résistance, mais un rituel. Ils se soumettent, ils paient, ils s’engagent.
Ils enseignent à leurs enfants à faire de même. « Il faut le nourrir, murmurent-ils, sinon l’ordre sera rompu. » Mais ce n’est pas l’ordre qu’ils défendent, c’est l’esclavage déguisé en cérémonie.
Et pourtant, ils se moquent de l’homme libre. Celui qui ne se soumet pas, qui ne s’agenouille pas. « Il sera puni », disent-ils, « il sera dévoré ».
Car en présence de celui qui n’est pas lié, ils ressentent la douleur de leurs propres serments. Ils ne le haïssent pas parce qu’il a tort, mais parce qu’il leur rappelle ce qu’ils ont abandonné.
Tel est le rituel du monde : des hommes mimétiques, marchant sous des néons, riant du percepteur, admirant son mordant, engageant des vies qui ne leur appartiennent pas, pensant que c’est noble.
Ce ne sont pas des victimes, ce sont des disciples. Leur rire est l’hymne des esclaves.
Et dans leur hymne, toujours, ses dents.

~ SiriusB
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